Abstract
Reviews Luc de Meyer, Vers l'invention de la rhétorique. Une perspective ethno logique sur la communication en Grèce ancienne (Louvain-la-Neuve : Peeters, 1997, Bibliothèque des cahiers de l'institut de linguistique de Louvain 91), 314 pp. Comme le suggère son titre, cette étude, qui constitue la première partie d'une thèse de Doctorat en communication soutenue à l’Université de Louvain en 1993, invite à considérer la question des débuts de la rhétorique grecque sous l'angle nouveau de l'analyse "ethno-logique". Dans une première partie ("D'un récit à l'autre"), l'auteur dresse un tableau schématique, à partir des interprétations proposées aux XIXe et XXe siècles, de ce qu’il nomme "les récits et préjugés hérités" concernant les débuts de la rhétorique, à savoir "le grand récit sur l'origine de la raison" (les sophistes et Platon) et "le grand récit des origines de la démocratie". Il expose les critiques récentes que ces récits ont suscitées, puis conclut à la nécessité d'une approche anthropologique de la question, revendiquant pour maîtres W. Jaeger, H.-I. Marrou, E. R. Dodds, M. I. Finley, J.-P. Vemant, P. Vidal-Naquet, M. Detienne, J. Svenbro. Cette "ethnologie de la communication", ou "anthropologie communicationnelle", "n'a pas pour but premier de décrire une genèse précise, sur le plan chronologique, de la parole en Grèce" (p. 69), mais "de dresser des modèles généraux des types de communication sociale qui, par leurs tensions, ont sous-tendu l'émergence de la rhétorique technique". Dans la deuxième partie de l'ouvrage, L. de Meyer part de la distinction tracée par J.-M. Ferry (Les puissances de l'expérience. Essai sur l'identité contemporaine, I: Le sujet et le verbe (Paris, 1991)) entre quatre modes de discursivité, auxquels correspondent des modes spécifiques d'identité culturelle : le mode narratif ; le mode interprétatif ; le mode argumentatif ; le mode reconstructif. Sur cette base, il étudie d'abord la "rhétorique naturelle", qui voit 457 458 RHETORICA l'émergence, à partir d'une identité narrative dans le premier espace-temps grec—celui de l'oralité et des ethnê—, d une identité interprétative qui apparaît dans les paroles-actions des héros homériques, dans la parole-mémoire de l'aède et dans l'affirmation progressive du rôle de l'écriture. Puis vient une identité argumentative, marquée par l'émergence, dans la cité, d'un nouvel espace social de la communication. Quel est alors le rapport entre cette nouvelle identité et la rhétorique technique proprement dite ? Dans une dernière partie, consacrée à "L'invention de la rhétorique technique", l'auteur présente ce qu'il nomme les différents versions traditionnelles du récit de l'invention de la rhétorique, celles d'O. Navarre et de G. A. Kennedy, et les versions nouvelles, celles d'E. Schiappa et de T. Cole. Suivant les analyses de ces derniers auteurs (notamment celles de T. Cole, à qui est empruntée la distinction pré-rhétorique / proto-rhétorique / rhétorique, reprise sous des formes diverses tout au long du présent ouvrage), L de Meyer conclut que la rhétorique technique s'est élaborée, au terme du processus décrit ici, par l'approfondissement de l'identité interprétative dans le discours des philosophes du rve siècle avant J.-C., et non pas, comme on le croit souvent, par opposition à la philosophie. L'appréciation que l'on peut porter sur cette étude varie selon la fin qu'on lui assigne: Les antiquisants qui chercheraient ici une étude nouvelle sur les débuts de la rhétorique seront sans doute, à plus d'un titre, déçus. Nous passerons sur les nombreuses imprécisions (pourquoi, par exemple, citer de façon abrégée l'œuvre de Jaeger, Paideia, avec la date d'une des éditions de sa traduction française, 1988, et non celle de sa parution en allemand? de même pour H...