Jean François Poisson-Gueffier
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Abstract
Le livre premier de l’Ysengrimus, épopée médiévale latine, présente un jeu de scène-miroirs évoquant un procès imaginaire. L'épisode du jambon dérobé par Ysengrin au mépris des règles du partage et celui de la pêche à la queue amènent le personnage accusé à convoquer en pensée un synode devant lequel il plaiderait sa cause. Ce discours inverse la raison et le tort (translatio criminis), attribue au requérant des paroles qui discréditent sa requête (sermocinatio) et semble se perdre dans les replis d'une argumentation spécieuse. Modèles emblématiques d'une expansion de la parole « interminable » et « verbeuse » selon J. Mann et É. Charbonnier, ces discours peuvent être réévalués par le prisme de la rhétorique. La visée de ces pages tient à montrer qu'en-deçà d’un flot de paroles en apparence sans esprit de suite se révèlent des structures rhétoriques (constitutiones) empruntées au champ judiciaire. En ce sens, l'héritage antique apparaît comme le premier versant d’une efficacité oratoire dont le second consiste en une prolixité à valeur de diversion: ainsi se construit un « art d'avoir toujours raison ».