Sophie Conte
1 article-
Devenir roi. Essais sur la littérature adressée au Prince par ed. Isabelle Cogitore, Francis Goyet, and:Traité du Sublime par Longin, and: Le sublime du «lieu commun». L’invention rhétorique dans l’Antiquité et à la Renaissance par Francis Goyet ↗
Abstract
Review Isabelle Cogitore et Francis Goyet, eds., Devenir roi. Essais sur la littérature adressée au Prince. Grenoble. ELLUG, 2001. Pp. 282. Longin, Traité du Sublime. Traduction de Boileau, Introduction et notes de Francis Goyet. Paris. Le Livre de Poche, 1995. Pp. 211. Francis Goyet, Le sublime du «lieu commun». L'invention rhétorique dans l'Antiquité et à la Renaissance. Bibliothèque littéraire de la Renaissance, série 3, tome XXXII. Paris. Honoré Champion, 1996. Pp. 778. Francis Goyet montrait dans sa thèse, Le sublime du «lieu commun» consacrée à l'invention dans l'antiquité et à la renaissance, que «le lieu commun [tenait] au XVIe siècle la place du Sublime au XVIIe siècle». Dans le même temps, son introduction au Traité du Sublime traduit par Boileau relativisait l'originalité du propos de Longin, la notion de sublime étant déjà contenue selon lui dans la théorie cicéronienne, par l'attention portée au movere et à la copia. Sa contribution personnelle à l'ouvrage collectif qu'il vient de publier avec Isabelle Cogitore reprend également la notion de sublime. Les articles composant l'ouvrage Devenir roi. Essais sur la littérature adressée au Prince sont le fruit d'un travail collectif mené à l'Université Stend hal de Grenoble de 1995 à 1998. La première partie de l'ouvrage traite de la légitimité du pouvoir. Isabelle Cogitore («Du prince à la dynastie: la Consola tion à Livie») découvre dans la Consolation à Livie pour la mort de Drusus une réflexion sur le pouvoir impérial romain, au moment décisif de la succes sion de l'empereur Auguste. Derrière les portraits d'Auguste et de Livie, de Drusus, émerge la notion de «Maison julio-claudienne». La mort de Drusus, successeur idéal, suscite en effet l'affirmation d'un principe dynastique, la domus julio-claudienne constituant un vivier de successeurs potentiels, issus de la famille de César et Auguste et de celle de Livie. Nicholas Myers («Des Tudors aux Stuarts, ou comment légitimer un changement dynastique») évoque la façon dont une nouvelle dynastie se légitime, lorsque Jacques Ier (Stuart) succède à Elisabeth 1ère d'Angleterre (Tudor). Bacon, dans un ouvrage historique, dresse un parallèle entre le règne d'Henri VII, grandp ère d'Elisabeth, et celui de Jacques Ier. Lors de la fête civique de Londres en 1605, Jacques Ier est présenté comme le monarque attendu pour rétablir la concorde dans le royaume divisé par Brutus, son roi fondateur, tandis que le changement dynastique est symbolisé par le phénix. Ainsi, c'est dans© The International Society for the History of Rhetoric, Rhetorica, Volume XXI, Number 2 (Spring 2003). Send requests for permission to reprint to: Rights and Permissions, University of California Press, Journals Division, 2000 Center St, Ste 303, Berkeley, CA 94704-1223, USA 133 134 RHETORICA l'imaginaire, par l'histoire, la légende ou la représentation poétique, que se fonde la légitimité du prince. Gérard Luciani («Légitimité de l'usurpation: le Prince de Machiavel traduit par A. de la Houssaye») s'intéresse à la réception du Prince: quand Machiavel préconise le recours à la violence et à la ruse, il pense à la conquête du pouvoir, à l'usurpation, qui lui semble légitime en vue de réaliser l'unité italienne. Mais son traducteur Amelot de la Hous saye, sujet de Louis XIV, retient la notion de raison d'Etat, qui s'applique à l'exercice du pouvoir, et convient à la monarchie absolue. Car Amelot lit Machiavel à travers Tacite, qui ne distingue pas nettement la conquête du pouvoir et son exercice. Au XVIIIe siècle, le terme d'usurpation est nettement associé au pouvoir illégitime, si bien que Voltaire et Frédéric II, lecteurs du Prince dans la traduction d'Amelot, récusent aussi bien l'interprétation de ce dernier que le propos de Machiavel. Daniel Sangsue («Le Prince dans La Chartreuse de Parme») fait une lecture politique de La Chartreuse de Parme. Les portraits des princes de Parme, tyrans dont les abus sont intolérables, sont marqués par l'euph...