Abstract
Cet article propose une double lecture des quatre discours sur la colère prononcés à l’Académie du Palais en présence d’Henri III en insistant sur leur visée didactique. Il s’agit de montrer comment ils mettent en oeuvre une pédagogie par l’exemple qui contribue à former un monarque éloquent aussi bien qu’un prince apte à gouverner. En effet, les harangues destinées à Henri III se posent d’abord comme des modèles d’art oratoire à imiter. Elles mettent l’accent sur l’invention, la disposition, tout en faisant appel à la mémoire du prince par les vastes connaissances qui y sont convoquées. Or, ce sont justement les trois parties de la rhétorique qui relèvent d’une «éloquence royale» selon Amyot. Ensuite, par le biais des nombreux <i>exempïa</i> historiques, les discours renvoient au Prince l’image d’un roi idéal et l’incitent à suivre cette voie. Les orateurs, tout en axant leur enseignement sur la vertu afin de former un roi juste qui gouvernera avec prudence, n’hésitent pas à prodiguer des conseils politiques au passage. Les discours sur la colère à l’usage d’Henri III favorisent donc la diffusion d’un savoir qui serait propre à la conduite de l’état et à l’art de bien dire, nous permettant, du coup, de les envisager comme étant à la fois des manuels de rhétorique et des miroirs des princes.