Jan Miernowski

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  1. Les limites de la rhétorique
    Abstract

    Jan Miernowski Les limites de la rhétorique L 'empire rhétorique connaît-il des limites? Aron Kibédi Varga a récemment posé cette question dans son article "Universalité et limites de la rhétorique".1 II est symp­ tomatique que la seconde partie du titre soit discutée seulement dans les trois dernières pages du texte, et cela surtout sur un mode interro­ gatif. Dans le présent numéro de la revue, nous reprenons le débat en le concentrant sur un moment historique précis: la Renaissance, et particulièrement la Renaissance française. Existe-t-il un au-delà de la rhétorique pour les humanistes français qui viennent de redécouvrir le riche héritage de l'art ora­ toire classique et qui ambitionnent de fonder leur propre éloquence dans la poésie et les sciences, la politique et la prédication? A n'en pas douter, l'au-delà rhétorique est lui-même une figure oratoire (Rigolot). Est-ce à dire que les limites de la rhétorique à la Renais­ sance ne sont que les frontières internes d'un empire fatalement uni­ versel? Ou bien inversement: la culture renaissante conçoit-elle des phénomènes discursifs qui échappent à l'emprise de l'art du bien dire? Telle la poésie, province en apparence pacifiée et soumise, mais qui rêve d'être la nouvelle métropole (Cornilliat). Ou bien le signe esthétique en tant que tel, dont la fulgurante évidence n'a que faire des stratégies argumentatives étriquées (Demonet). Autrement dit, vouloir tracer les limites de la rhétorique à la Renaissance revient à interroger des théories sémiotiques, des gestuelles pathétiques et des valeurs éthiques qui font obstacle—que ce soit ouvertement ou non—à l'expansion de l'art de l'éloquence: Theméneutique occultiste du hiéroglyphe, à écarter si Ton projette la mise en ordre oratoire des mathématiques (Pantin); la haine, qui, au lieu de convaincre les } Rhetorica 18, (2000) pp. 1-28.© The International Society for the History of Rhetoric, Rhetorica, Volume XX, Number 4 (Autumn 2002). Send requests for permission to reprint to: Rights and Permissions, University of California Press, Journals Division, 2000 Center St, Ste 303, Berkeley, CA 94704-1223, USA - 318 RHETORICA volontés libres s'adonne au rituel de l'anathème (Miernowski); la grâce, ce point de mire obligé mais inévitablement hors d'atteinte pour la persuasion prédicante (Fragonard). On l'a bien compris: sonder les limites de la rhétorique à la Renaissance ne signifie pas seulement explorer les frontières d'une culture, objet de l'investigation. C'est aussi tester l'outillage mental mobilisé par l'investigateur, c'est mettre en question ses paradigmes intellectuels: dans quelle mesure la rhétorique est-elle un objet de l'histoire parmi d'autres et jusqu'à quel point est-elle son moule formateur? L'expérience esthétique est-elle le produit du discours ou plutôt le surplus de sa signification? Le sacré d'une culture est-il le reflet ou bien le revers du débat politique et social? Autant de questions de méthode suscitées par la recherche historique sur la rhétorique renaissante. Cette recherche a été puissamment stimulée par les conseils et par les doutes de mes amis seiziémistes, tout particulièrement Fran­ cis Goyet, Ullrich Langer et David Quint. Le débat, dont le produit collectif est ici présenté au lecteur, a eu lieu pendant les sessions des congrès de la Renaissance Society of America et de l'International Society for the History of Rhetoric, à Chicago et à Varsovie en 2001. Je voudrais remercier très chaleureusement son Excellence Monsieur Benoît d'Aboville, Ambassadeur de France en Pologne, pour l'intérêt qu'il a bien voulu manifester pour nos discussions. La rencontre de Varsovie n'aurait pas pu être réalisée sans l'aide du Centre de Civili­ sation Française, de l'Institut de Philologie Romane, ainsi que du Cen­ tre des Études sur la Tradition Classique de l'Université de Varsovie, dirigés respectivement par MM...

    doi:10.1353/rht.2002.0000
  2. Au delà de la rhétorique: La haine?
    Abstract

    Dans les pamphlets les plus extrémistes du temps des guerres de religion en France—tels ceux qui suivent la Saint-Barthélemy et le meurtre des Guises—la haine introduit l’anathème comme une sorte de rituel quasi-magique, fondamentalement étranger aux prémisses mêmes de l’éloquence humaniste. Il s’agit surtout de la conception aristotélicienne d’une haine qui s’oppose diamétralement à la colère, au lieu d’en être juste une forme aiguë, comme c’est le cas dans la tradition cicéronienne. En présupposant le droit impératif à la haine, le discours pamphlétaire devient indifférent à la persuasion, ainsi qu’à la libre volonté des interlocuteurs.

    doi:10.1353/rht.2002.0005