Abstract

454 RHETORICA Le poète irrévérencieux. Modèles hellénistiques et réalités romaines, textes réunis par Bénédicte Delignon & Yves Roman, CEROR 32, CERGR, Lyon, 2009, 432 p. Le lien de ce livre avec la rhétorique est clair, puisqu'il traite des rapports entre la parole et le pouvoir. Mais sa spécificité est d'envisager la poésie, alors que dans le cadre d'une telle problématique, on considère généralement la prose, notamment l'historiographie. Les éditeurs ont voulu justement associer, dans cet ouvrage collectif, des «historiens» aux «littéraires» . Les historiens étaient ainsi appelés à prendre en compte les textes poétiques non pas comme des «sources» , mais comme des textes dont la matière même et le travail du style révèlent le projet de l'auteur. Mais le pouvoir reste un thème éminemment historique et les éditeurs se sont efforcés de maintenir la tension entre les deux axes en conservant au volume une véritable unité, consolidée par l'introduction de B. Delignon et la conclusion-bilan de Y. Roman, qui se répondent. Mais d'abord qu'est-ce qu'un poète «irrévérencieux» ? Le mot français d'irrévérence, est directement calqué sur le latin irreuerentia. Il aurait pu être défini d'emblée, mais finalement chacun des auteurs donne un peu sa vision de l'irrévérence. Le plus souvent on l'a associée à la libertas, traduction de parrhèsia. Mais, au-delà de la simple liberté de parole, il y a toute une gamme de valeurs : l'irrespect, l'insolence, la critique, jusqu'à l'invective, qui en serait une forme extrême. Tel ou tel parlera plus volontiers d'indépendance que d'irrévérence. Le terme convient de fait bien à la figure du poète, qui à Rome ne peut vivre que dans la dépendance de personnages importants. Au fond, le poète irrévérencieux est le contraire du poète courtisan. II y a des genres poétiques irrévérencieux par nature : les iambes, la satire, Tépigramme et même certaines élégies. Plusieurs chapitres concernent ainsi Horace, Juvénal, Martial, mais aussi Ausone. Mais ce que l'ouvrage met le plus en évidence, c'est la présence de l'irrévérence au sein même de la révérence, dans des textes à vocation apparemment épidictique: épopée, hymnes et même panégyriques. C'est là surtout que se pose la question rhétorique d'une parole déguisée, indirecte ou à double sens. Le livre se présente en quatre parties: (1) Contexte politique et idéologique sous le Haut empire: quelle place pour l'irrévérence ?, (2) modèles hellénistiques, (3), Formes et natures de l'irrévérence sous le Haut empire, (4) L'irrévérence poétique dans la latinité tardive. Au début du volume est posé le contexte d'écriture, dans ses aspects ju­ ridiques, politiques et sociologiques. On constate du reste que l'appréciation de la liberté laissée au poète n'est pas facile: pour A. Suspène, qui étudie no­ tamment les lois réprimant la liberté d'écriture, l'espace laissé à une possible irrévérence est très faible face au pouvoir impérial; Ph. Le Doze, de son côté, met l'accent sur le fait que les aristocrates romains ont besoin des poètes pour façonner leur image et que la relation n'est pas aussi inégalitaire qu'avec le prince. St. Benoist, étudiant le thème de Yabolitio memoriae, montre qu'on ne pouvait pas effacer totalement les écrits des poètes. Deux cas particuliers de Reviews 455 poètes qui ont payé cher leur irrévérence sont étudiés: celui de Cornélius Gallus (F. Rohr Vio) qui est très tôt devenu un thème de controverse dans les écoles de rhétorique, et celui d'Ovide (P. Cosme). La partie sur la poésie hellénistique est conçue par les éditeurs comme un...

Journal
Rhetorica
Published
2013-09-01
DOI
10.1353/rht.2013.0007
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